L’intention dans le Wing Tsun

Le mot-clé «intention» a une influence profonde et omniprésente sur l’efficacité d’un système martial, lequel doit en fait servir en premier lieu à l’autodéfense.

Art martial et autodéfense?

La première question logique qui se pose dans ce contexte est: y a-t-il réellement un système d’art martial qui ne serve pas à l’autodéfense?

  • Si l’on répond par l’affirmative, c’est qu’on ne pratique pas vraiment un art martial au sens propre. En approfondissant la question, on définit un système d’art martial dont la fonction primaire est de distraire un public dont il faut capter l’attention et constamment le reconquérir par des compétitions attractives.
  • Si l’on répond par la négative, alors le lien entre les notions d’art martial et d’autodéfense se fait très étroit. En autodéfense, il s’agit en premier lieu de soupeser comparativement les risques et la sécurité. Tout individu, émotionnel ou non, sera favorable à un rapport de 0% à 100% entre le risque et la sécurité: 0% de risque et 100% de sécurité! Les termes de ce rapport sont toujours dépendants: à 0% de risque, on a toujours 100% de sécurité car quand il n’y a pas de risque, il n’y a plus que de la sécurité. 

On peut donc conclure que, pour satisfaire à l’exigence de l’autodéfense, tous les mouvements et les stratégies d’un art martial servant à ladite autodéfense doivent être ciblés sur ce rapport.

Un mot clef dans la formation: l’intention.

Or, l’individu non exercé ne dispose pas par nature des outils corporels et mentaux qui lui permettraient de s’assurer de ce rapport « 100% sécurité / 0% risque » dans une situation de violence qui ne dure que quelques fractions de seconde. Une formation est donc nécessaire.

Cette formation qui doit être d’un solide réalisme et sans cesse perfectionner doit être reçue avec sérieux si l’on veut qu’elle mène au but poursuivi. En cela, il est décisif que le néophyte soit guider lentement, continuellement et de façon structurée pour pouvoir s’adapter au fur et à mesure à des processus de changement toujours nouveaux.

Le sérieux se comprend mieux par la notion      «d’intention». Ce terme se rapporte autant à la progression de la formation dans son ensemble qu’à ses différents aspects techniques individuels.

Un exemple issu de la vie courante : l’apprentissage d’une langue

Si l’on veut communiquer dans le monde avec des personnes de différentes cultures, il est important de maîtriser les langues étrangères correspondantes ou au moins la langue étrangère la plus répandue. Quand on débute l’apprentissage d’une langue, on ne commence pas par une conversation de tous les jours mais par des exercices simples avec des mots. Ce faisant, pour obtenir un  apprentissage durable, il est important que pendant les cours l’élève ne soit pas confronté en trop peu de temps à un trop grand volume de matière à assimiler. En effet, cela provoquerait l’obstruction par engorgement de tous ses canaux de réception. Par conséquent, l’élève ne peut pas appréhender consciemment la majorité des choses. À l’extrême opposé, ne pas du tout solliciter l’élève pour lui conserver en permanence son bien-être subjectif est tout aussi peu approprié. En effet, il lui semblerait qu’apprendre est un processus purement ludique.

Les contenus de chaque heure de cours doivent être communiqués à l’élève de telle sorte qu’il perçoive lui-même à tout moment une certaine sollicitation, légère, tout en comprenant pourquoi il doit être sollicité. Dans ce contexte, «léger» signifie que, pour garder ouverts les canaux de réception par lesquels l’élève perçoit et assimile les nouveaux contenus, le maître ne dépasse jamais 30% de la réceptivité mentale et corporelle de l’état précédemment atteint. Le but final et idéal de l’apprentissage d’une langue est la faculté d’échanger comme dans sa langue maternelle et s’obtient par une étude et un entraînement permanents.

L’apprentissage « en échelle ».

En l’occurrence, le modèle d’apprentissage conduit à une tactique «d’apprentissage en échelle»: ce n’est que quand un nouveau niveau d’apprentissage a été suffisamment consolidé par adaptation qu’il peut servir de nouvelle base de départ.

Au moment où, une nouvelle «zone de confort» s’est établie chez l’élève, le maître doit alors relever à un échelon supérieur  – mais moyennant une élévation par sursollicitation de 30% au maximum! Quand on suit ce modèle en escalier, puis qu’on l’interpole mentalement (mathématiquement, en traçant la droite moyenne), on obtient un développement réellement dirigé vers le haut. Si l’on n’applique pas ce modèle, on obtient simplement un mouvement latéral persistant au même niveau. Cette considération s’applique aux deux niveaux, mental comme physique.

L’intention dans les arts martiaux

Mais quelle est la place de la notion «d’intention» dans la formation aux arts martiaux du point de vue de l’efficacité de l’autodéfense? Tout comme lors de l’apprentissage d’une langue, on commence ici par des exercices physiques simples qui se basent sur une stratégie théorique logique et monolithique. Du fait qu’en autodéfense, de nombreux aspects doivent être traités de façon équilibrée pour assurer les 100 % de sécurité, une telle formation ne saurait être l’œuvre d’un jour. Comme pour l’entraînement à une langue il faut traiter de nombreux paramètres, comme lorsque l’on souhaite, par exemple, exploiter ses connaissances linguistiques dans un contexte commercial sans commettre d’erreur par malentendu ou incompréhension. De façon analogue, l’intention des différents exercices doit toujours être rendue transparente pour l’élève afin de le sensibiliser mentalement au thème de l’autodéfense.

Parallèlement, il faut rendre perceptible sur le plan corporel «l’intention» de chaque technique, pour que son exécution soit elle-même ciblée par une «intention». Ceci exige un haut niveau de qualification du maître, car lui seul a la possibilité de positionner l’élève à l’intérieur de la fourchette de régulation entre les consignes et son niveau réel, permettant ainsi par un entraînement approprié de rehausser constamment le niveau de consigne. En d’autres termes, cela signifie que si le maître n’accroît pas constamment l’intensité de l’exécution des techniques et des exercices quand l’élève a atteint son nouveau niveau de base («intensité» devenant ici synonyme «d’intention», par exemple l’intention de porter un coup ciblé), ce dernier n’a plus besoin de se réadapter ni d’évoluer. Si cela se produit dès un bas niveau, l’élève n’a plus de possibilité d’un développement personnel.

Dans l’entraînement quotidien, avant tout dans le domaine de l’autodéfense sans armes, faute de s’approprier des outils techniques logiques, on répète volontiers des scenarii pour communiquer ainsi à l’élève un sentiment de sécurité. Mais on le fait sans avoir élaboré précédemment des outils corporels rationnels, appris avec une «intention» appropriée et mis à l’épreuve par un entraînement avec un partenaire. Dès lors, il manque à l’élève la base de départ nécessaire et il ne dispose que de sa configuration physique la plus élémentaire dont il ne peut compenser la déficience pour survivre dans le scénario que par une supériorité physique éventuelle.

Entrainement avec arme pour renforcer l’intention.

Si l’on poursuit cette idée, on peut facilement reconnaître qu’un entraînement régulier avec des armes influe constructivement sur l’entraînement d’autodéfense sans armes. Avec des armes, ou des objets analogues à des armes, on exécute des mouvements ciblés poursuivant une «intention» de contrôler un assaillant éventuel par transfert volontaire d’énergie sur son corps à l’aide d’un objet. Ce mouvement fait percevoir beaucoup plus intensément la conscience de «l’intention» sur les plans tant corporel que mental. Alors que, par exemple, dans un entraînement sans armes on réduit considérablement son «intention» de défier ou même de toucher son partenaire (pour lui éviter un sentiment désagréable), l’entraînement avec arme crée une toute nouvelle disposition. La seule prise de conscience qu’un assaillant prêt à la violence, même s’il se modère, peut nous infliger un énorme dommage tant corporel que mental rend la notion «d’intention» plus concrète, plus sensible et surtout plus réaliste. Et cela profite avant tout à l’élève en améliorant nettement «l’intention» de son entraînement.

Quelle que soit la forme d’entraînement que l’on pratique, avec ou sans armes, la notion «d’intention» définit l’efficacité de l’entraînement et est aussi constamment présente dans la vie de tous les jours. Quand le but est d’intérioriser durablement les contenus et de s’en servir concrètement pour des actions d’importance décisive, un apprentissage ludique desdits contenus n’autorise que peu ou pas du tout de progression. Dans ce contexte, il faut mentionner que la notion de «ludique» doit surtout être appliquée à la mise en pratique des choses apprises dans des environnements d’examen ou plus généralement dans des conditions de stress. C’est une mise en pratique «ludique» dans un environnement d’examen ou de «stress» qui fait prendre conscience à l’élève de son nouveau niveau de développement.